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jeudi 13 juin 2013

Le Figuier

Le figuier, arbre d’espoir

Dans ce numéro de « INRA Meknès Magazine » nous vous proposons une succincte synthèse des récents travaux de recherche consacrés au figuier, espèce arboricole mythique qui connaît un fort regain d’intérêt non seulement pour sa rusticité mais aussi pour la croissante demande sur les marchés dont font objet ses fruits : les figues.


EDITO
Dr. Mohammed EL Asri,
Chef du CRRA Meknès


Le Figuier, culture millénaire à avenir prometteur 

1. Le Figuier, une tradition vivante 
La culture du figuier (Ficus carica, L. ), arbre mythique cité dans le Coran, est très anciennement connue dans le bassin Méditerranéen et au Maroc en particulier. Cet arbre occupe actuellement une superficie de l’ordre de 46.000 ha avec une production d’environ 57.000 t. Particulièrement concentré dans les régions
montagneuses du Nord marocain (Taounate, Chefchaouen et Tétouan) où les agriculteurs ont acquis un savoir faire (culture et séchage), le figuier existe également dans des régions marocaines très contrastées (régions côtières, plaines, zones de montagne et les oasis) où la culture est pratiquée dans les jardins familiaux et au sein de petites plantations autour des villes. L’essentiel de la production est essentiellement destinée à la consommation en frais sauf dans les zones du Rif où l’on pratique le séchage d’une bonne partie de la production et où les vergers sont caractérisés par leur exiguïté et par la multitude des génotypes dans un même verger.
Cette espèce rustique et tolérante à la sécheresse connaît un regain d’intérêt de la part des agriculteurs et des consommateurs. Pour accompagner cet élan l’INRA (CRRA Meknès) a engagé un programme de sélection de génotypes performants dont les obtentions sont mises à disposition des pépiniéristes. En effet, et depuis la
première journée d’information sur le figuier, organisée par l’INRA de Meknès en 2002, des conventions ont été signées avec plusieurs pépiniéristes pour multiplier les variétés sélectionnées. Une autre journée de sensibilisation sur cette même espèce, a été organisée au cours du mois de Juin 2008, au domaine expérimental d’Ain Taoujdate et à l’occasion de laquelle une fiche technique sur le figuier a été diffusée.

2. Principaux critères de sélection chez le figuier 
-  Qualité pomologique du fruit  : la couleur de l’épiderme (blanche, jaune, rougeâtre et noir), la couleur de la chaire, la présence ou l’absence des graines, le calibre de la figue, le diamètre de l’ostiole et la nature et la forme du pédoncule ainsi que la période de maturité sont des critères pomologiques décisifs pour étudier une collection afin d’en sélectionner les génotypes les plus performants.
- Type de production : les génotypes du figuier peuvent être unifères ou bifères.
Les premiers ont la possibilité de produire les figues fleurs (juin) et les figues d’automne (fin juillet, plein août) alors que les seconds ne produisent que les figues d’automnes. Les figues fleurs sont parthénocarpiques (non pollinisées) alors que les figues d’automnes peuvent être parthéncoarpiques ou nécessitant une pollinisation pour compléter leur développement. Dans ce dernier cas, la sélection parallèle d’un caprifiguier (pollinisateur) est nécessaire pour assurer la production du génotype choisi. Chez les variétés bifères, le niveau de production de l’une est influencé par l’autre.
- Aptitude au séchage: Le séchage des figues est un procédé qui permet la valorisation du produit aussi bien en lui donnant la possibilité d’une conservation de longue durée qu’en régularisant les prix par l’absorption de la surproduction des figues fraîches. Cependant, l’aptitude au séchage est une caractéristique génétique qui est également corrélée à la pollinisation. En effet, ce sont les figues pollinisées (contenant des graines) qui peuvent être séchées quand leur potentiel génétique le permet.

3. Résultats de recherche : 
- Sélection de génotypes (figuiers femelles) :
Pour sélectionner des génotypes performants en réponse aux différentes demandes des agriculteurs, l’INRA a d’abord effectué des prospections dans les principales zones de production du figuier pour sélectionner  les génotypes les plus performants dans chacune des régions. Les génotypes présélectionnés sont introduits en collections dans les domaines expérimentaux aux côtés de génotypes introduits de différents pays producteurs de figue. L’étude de comportement de ce patrimoine a pour but l’établissement d’une base de
données (collection de référence) et pour la sélection des génotypes les plus performants à proposer à la culture. Les critères les plus déterminants dans la sélection de ces génotypes sont le calibre, la qualité gustative notamment le sucre et l’arôme, la forme du fruit et son aptitude au séchage. Les génotypes ainsi sélectionnés sont :

•  Figues fleurs: Kadota;  Embar Lebiad, Embar Lekhal, Fassi, Ournakssi et Beida.
•  Figues d’automne : Kadota, Col de dame Blanche, Sarilop IX 2, Chaâri (séchage), Beida (séchage), Ournakssi, Ghouddane, Chetoui, Fassi, Ambar Lekhal et Ambar Lebied.

- Sélection de génotypes caprifiguier (figuiers mâles) :
Le figuier est un arbre dioïque, les deux types d’arbres (figuier commun et caprifiguier) sont hermaphrodites mais le caprifiguier joue le rôle de mâle (donneur de pollen) et le  figuier commun celui de la femelle (donne les figues consommées). La caprification qui est nécessaire pour produire des figues pour le séchage est assurée par un insecte (blastophage) qui vit en symbiose avec l’arbre. L’association de caprifiguiers et des figuiers est donc nécessaire pour la production de certaines variétés (non parthénocarpiques) dont le fruit est destiné au séchage.
L’évaluation des caprifiguiers de la collection d’Ain Taoujdate a permis de retenir des génotypes  comme Dokkar Tardif, Kasbah Skhirat, Chellah 4 et Amellal sur la base de leurs stades phénologiques et des critères liés à la richesse en pollen et leur capacité à contenir des blastophages.

- Caractérisation moléculaire de la collection de figuier :
La caractérisation moléculaire des génotypes de la collection d’Ain Taoujdate a été entreprise dans l’objectif d’authentifier les nomenclatures des génotypes de figuier du fait qu’il est courant chez cette espèce de trouver des variétés différentes portant le même nom ou inversement la même variété portant des noms différents selon la zone de culture. L’étude a permis à cet effet de détecter des profils similaires portant des noms différents (Elhar et Tarlit), et des noms similaires avec des profils différents (Bioudi). Les résultats de cette caractérisation ont permis de constituer une base de données qui servira de référence pour confirmer l’identité du matériel végétal candidat à la multiplication et établir une collection de référence.

Equipe de recherche sur le figuier :
-  Ali Mamouni et Ahmed Oukabli
(chercheurs).
-  Abderrahmane Mekkaoui et Mohamed Lahlou
(Techniciens).

Le blastophage ou pollinisateur du figuier
Cet hyménoptère de la famille des Agaonidae assure la pollinisation du figuier en parasitant les
fleurs situées à l’intérieur des figues. Cet insecte ressemble à une guêpe lilliputienne. L’espèce
commune en Europe est Blastophaga psenes.

Quelques notions de botanique pour cerner le rôle essentiel de ce petit insecte :
Les fleurs et les fruits du figuier sont d'un type très particulier. Avant d'être un fruit, la figue est une inflorescence en forme d'urne appelée sycone, petit sac charnu qui renferme des centaines de minuscules fleurs unisexuées (soit mâle, soit femelle).

Ces fleurs ne sont donc pas en contact avec l’extérieur. De plus une fécondation autogame entre fleurs mâle et femelle du même figuier 1  est impossible puisque  leur maturation  n’est  pas synchrone (on parle de
protandrie). Elles ne pourraient être fécondées sans intervention extérieure. Le sycone possède une toute petite ouverture, l'ostiole, dans lequel le blastophage peut se glisser.
La figue constitue donc un  faux-fruit. C’est en effet un ensemble de fruits (chaque fleur ayant donné «un fruit») ou une  infructescence  au sens botanique.

Certaines espèces sont dites monoïques (il  existe des arbres mâles et femelles), d'autres sont dioïques (des fruits mâles et des fruits femelles sont présents sur le même arbre) ou hermaphrodites (une figue contient les 2 types). Dans les 2 derniers cas, une autofécondation est impossible.

Cas des espèces dioïques :
Dans la nature,  un semis de graines de figuiers  donnera autant de caprifiguiers*  que de figuiers domestiques**.

*Les caprifiguiers (ou figuiers mâles): ce sont eux qui abritent durant l'hiver le blastophage, cet insecte
spécifique responsable de la pollinisation sexuée. On les reconnaît l'hiver à la présence de nombreuses
figues, déjà formées au bout des rameaux. Ses   fruits, parasités par le blastophage, ne sont pas
comestibles. Ils sont verts, spongieux, secs à l'intérieur, et tombent sans jamais parvenir à maturité.
Les fruits d’un caprifiguier ne pourront jamais être rendus comestibles.

**Les figuiers domestiques (ou figuiers femelles): selon les variétés, ils produisent une ou deux récoltes
de figues par an. Dans ce dernier cas, la variété est dite bifère et on distingue:
  Les  figues  fleurs  qui mûrissent aux  mois de  juin-juillet  sur le bois de l'année précédente et assurent, selon les variétés et selon les années, de 10 à 50 % de la récolte. Les figues fleurs sont parthénocarpiques (elles mûrissent sans avoir besoin de pollinisation).
  Les  figues d’automne  qui  constituent le plus gros de la production, et mûrissent de façon échelonnée de la fin du mois d'août jusqu'aux premières gelées. Selon les variétés, les fruits sont parthénocarpiques ou sexués (l’intervention du blastophage est alors obligatoire). 2 Août 2012 -   - Articles scientifiques – Le blastophage des figues.

Cycle de vie du blastophage
(Expliqué dans le cas d’un figuier monoïque ou dioïque, c’est-à-dire où les figues sont soit mâles soit femelles).
Pour mieux comprendre, voir le schéma résumé en dessous du texte.

Les blastophages mâles éclosent  les premiers au sein des figues mâles. Vers la mi-mai, ils sortent de leur œuf (ou galle) en découpant un opercule et cherchent une galle contenant une femelle.
Le mâle découpe un trou assez grand pour y glisser son pénis, mais trop petit pour laisser échapper la
femelle. Il la féconde à travers cet orifice, puis, la libère en découpant un trou plus grand, et l’aide à nettoyer ses antennes, vitales pour elle. Il peut féconder plusieurs femelles,  et les aide à sortir de la figue en découpant les écailles du petit orifice naturel à l’extrémité de la figue. Les mâles, épuisés, meurent peu après dans la figue où ils ont passé toute leur vie.

Les femelles fécondées s’envolent vers  une autre figue mâle. Elles n’ont  pas le choix, le figuier femelle ne portant encore que de petites figues immatures. Elles s’introduisent à nouveau par le petit orifice en bout de figue (on remarquera au passage que chaque espèce de figuier présente un orifice  qui ne permet qu’à une seule espèce de blastophage de s’introduire !). Au passage, les ailes prédécoupées des  femelles  sont arrachées, les empêchant donc de ressortir de la figue où elles mourront après avoir pondu.

En  juin,  les figues femelles  ou figues-fleurs sont mûres et peuvent être récoltées. Au même moment nait la deuxième génération de blastophages mâles (G2), qui féconde la deuxième génération de blastophages femelles. Celles-ci s’envolent cette fois-ci en direction des figuiers femelles, devenus matures. Elles s’introduisent dans les figues femelles mais ne parviennent pas à y pondre. Les fleurs contenues par les figues femelles, au contraire des fleurs de figuiers mâles, ont en effet  un style beaucoup plus long que l’ovipositeur des femelles blastophages. Les femelles meurent en n’ayant pu déposer leurs œufs mais en ayant par contre fécondé les fleurs avec le pollen qu’elles avaient emporté des fleurs des figues mâles ! Fin août et début septembre,  aucune larve n’étant venue  dévorer les graines fécondées, les figues femelles deviennent matures.

Fin juillet se développent de nouvelles figues sur les plants mâles, pour abriter la 3e  génération de blastophages pour l’hiver.  En effet, sur chaque plant mâle subsistent des figues dont les blastophages G2 n’ont pas éclos.
                               
           Mai                                     Juin
Fécondation et sortie               Ponte dans une                     Eclosion de la 2e génération            
des ♀ des figues ♂                 nouvelle figue ♂                    Fécondation et sortie des ♀G2
Mort des ♂G1                          Mort des ♀G1                       Mort des ♂G2

G1 : 1ère génération
G2 : 2ème génération

G1  G2
♀G2 entrent dans des figues ♀ et y meurent sans pouvoir y pondre mais en fécondant les fleurs.

Septembre: Récolte des figues d’automne ♀

Fin juillet : Les G2 qui n’avaient pas éclos en juin, naissent et les ♀G2 fécondées pénètrent dans les nouvelles figues ♂ arrivées à maturité => G3 qui n’éclora qu’après l’hiver.

Juin : Parallèlement des figues-fleurs arrivent à maturité sans avoir été fécondées ; récolte de fruits parthénocarpiques  (3 Août 2012 -   - Articles scientifiques – Le blastophage des figues)

Figuier et blastophage sont interdépendants pour leur survie. Il s’agit donc d’une  symbiose.
Bien que le figuier semble tirer plus d’avantages que les blastophages, ne serait-ce qu’en piégeant les femelles G2  pour ses propres besoins de reproduction, il reste cependant très  prévenant. Ainsi, les fleurs mâles dans lesquelles le blastophage a pondu développent des tissus comme si la graine avait été fécondée, ce qui permet de nourrir les larves. D’autre part, les figues mâles servent de nid et de protection pour l’hiver aux blastophages. Leur peau est  plus épaisse. Inversement, les blastophages sacrifient une génération à la survie et au développement de leur arbre-maison.

Plus d’informations, de photos et même de vidéos sur : http://www.figweb.org/Interaction/index.htm

Un ménage à trois (voir plus)!

Les Blastophages peuvent également être parasités par d'autres insectes comme les Chacidiens Ptéromalides Sycoryctines ou Philotrypesis caricae. Ce parasitisme permet de réguler le nombre de larves de blastophages et d’éviter une surpopulation dans les figues.

Philotrypesis caricae pond à travers l’enveloppe de la figue grâce à son ovipositeur très long et dépose ses œufs sur les œufs ou larves du blastophage. A leur éclosion ses insectes dévoreront les blastophages.

Bien d’autres animaux vivent en relation privilégiée avec le figuier créant une chaîne alimentaire complémentaire et très complète. Pour découvrir cet écosystème naturel incroyable découvrez le reportage d’Arte « L’arbre de Vie » de Mark Deeble et Victoria Stone (GB 2005)

Et la prochaine fois que vous mangerez une figue, ne pensez pas trop que vous avalez peut être un cadavre d’insecte !
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